Financer la production d'une série audiovisuelle
Sébastien Lachaussée et Elisa Martin-Winkel

Sébastien Lachaussée et Elisa Martin-Winkel

Financer la production d’une série audiovisuelle

Ces dernières années, il est impossible de ne pas remarquer l’essor des séries dans la production française, les festivals dédiés au genre tels que Séries Séries ou le futur festival des séries de Cannes fleurissent et les créations nationales rencontrent le succès. Venant témoigner de cet essor, le bilan du CNC portant sur la production audiovisuelle en 2015 a révélé une baisse des unitaires de 90 minutes et un développement des séries de 52 minutes. En effet, pour 2015, le 52 minutes est le premier format de fiction (36,8 % des heures aidées), suivi du 26 minutes (23,9 %).

Dans leur démarches de développement et de production de série, les producteurs peuvent compter sur diverses sources de financement : CNC, financement des chaines publiques et privées, aides régionales …

LES DIFFUSEURS

Les diffuseurs sont la source de financement essentielle en matière de production audiovisuelle, qu’il s’agisse des chaines publiques ou privées. En 2015 les diffuseurs représentaient ainsi 72,4% du financement des oeuvres de fictions télévisuelles. On peut néanmoins noter une baisse de ces financements (-8 % en 2015). On peut également soulever que les chaînes de la TNT représentent 27,1 % de l’audience de la télévision mais seulement 2,1 % du financement de la fiction.

Les chaînes nationales gratuites totalisent 82,3 % des investissements de l’ensemble des chaînes dans la fiction en 2015 à hauteur de 380 M d’euros, et la série est un genre très représenté. A titre d’exemple, en 2015, le volume de fiction commandé par France 2 est composé à 79,2 % de séries et feuilletons : Lebowitz contre Lebowitz (8×52’ – Chabraque Productions), Chérif – saison 3 (10×52’ – Making Prod). Celui de France 3 est composé à 85,6 % de séries et feuilletons y compris les collections (79,7 % en 2014). On note cependant que Plus belle la vie (260×24’ et 4×52’ – Telfrance Série) constitue 55,3% du volume commandé par France 3 en 2015. Enfin, 55,9 % des fictions commandées par Arte sont des séries et feuilletons.

De la même manière, les séries sont fortement soutenues par les chaines privées. En 2015, elles représentent 95,6 % des fictions commandées par TF1 et 100 % des commandes de M6 (avec 88,8 % pour les formats courts). D’un autre coté, Canal+ apporte 74,6 M€ à la production de fictions alors qu’en volume horaire, les séries et feuilletons représentent 96,0 % (Baron noir (8×52’ – Kwaï), Jour polaire (8×52’ – Atlantique Productions).

On notera enfin que les producteurs bénéficient de la hausse des acquisitions des plateformes de vidéo à la demande qui se tournent de plus en plus vers les séries françaises. En 2015, les services en ligne ont ainsi apporté 1,3 M€ à la production de 12 heures de fiction essentiellement des séries de format court. Leur contribution ne représente néanmoins que 0,3 % des investissements totaux des diffuseurs dans les œuvres de fiction (0,2 % en 2014).

LES AIDES PUBLIQUES

Le CNC est naturellement un partenaire fort dans le cadre du financement des séries audiovisuelles. Il vient appuyer tant leur développement que leur production et diffusion. On notera cependant que la plupart de ces aides ne sont pas dédiées spécifiquement aux séries mais aux œuvres de fiction. En premier lieu, les producteurs ayant un compte automatique peuvent naturellement en faire usage pour le financement de la préparation/développement de leur série (jusqu’à 30% des sommes portées sur le compte automatique au début de l’année en cours) ou pour la production.

Les producteurs n’ayant pas de compte automatiques peuvent obtenir des soutiens sélectifs, à la préparation ou à la production. Le montant de l’aide à la préparation est établi aux vues du coût prévisionnel de développement annoncé par le producteur et du contrat conclu avec un auteur et ne peut être supérieure à 40% du total des dépenses prévues. Il faut noter que cette aide n’a pas pas à être remboursée si le projet n’est pas mis en production au bout de deux ans à compter de l’attribution de l’aide, dès lors que le producteur justifie de dépenses réelles et sérieuses.

L’aide à la production peut être demandée pour les projets ayant a minima une participation financière sous forme de préachat des droits de diffusion d’un ou plusieurs diffuseurs français et sous réserve de respecter un minima de 30% pour la part française. L’aide est plafonnée à 40% du coût définitif de l’œuvre ou de la part française. Le montant total des aides accordées par l’Etat, l’un de ses établissements et les collectivités locales ne peut quant à lui dépasser 50% du coût définitif de l’œuvre ou de la part française.

Les producteurs peuvent également, le cas échéant, se tourner vers le fonds d’aide à l’innovation audiovisuelles ou vers le fonds image de la diversité qui est ouvert aux œuvres audiovisuelles et notamment aux séries. Ils peuvent encore se tourner vers le Fonds d’aide franco-allemand au co-développement de séries audiovisuelles de fiction qui soutient le co-développement de projets de séries audiovisuelles binationale, ou les aides au développement de projets franco-canadien en langue française de fiction.

Enfin, le CNC propose une aide sélective à la promotion et à la vente à l’étranger qui finance pour partie les dépenses du producteur (ou du distributeur) dans le cadre de la promotion internationale notamment : doublage et sous-titrage en version étrangère, conception fabrication et diffusion de support de promotion achat d’espace publicitaire …. Cette aide est attribuée par le CNC après avis d’une commission spécifique.

Les producteurs peuvent également se tourner vers des soutiens régionaux. En effet, de nombreuses régions proposent des aides au développement pour les producteurs d’œuvres audiovisuelles. On peut citer notamment l’aide au développement de la région Rhônes-Alpes qui a soutenu les séries « Chérif » ou « Accusés ».

Enfin, il est important de penser au crédit d’impôt. Ce dernier a été renforcé en 2016 avec un taux des dépenses éligibles réhaussé à 25%. Le CNC semble à ce propos constater que les nouveaux plafonds pour les œuvres audiovisuelles de fiction et les coproductions ont eu un effet immédiat et un impact fort sur le développement et la relocalisation des productions.

LES COPRODUCTIONS

En 2015, 39,1 % du volume horaire de fiction est coproduit par plusieurs sociétés. Les séries, à l’instar des autres productions audiovisuelles sont un terrain pour la coproduction.

Les producteurs peuvent notamment compter sur les festivals dédiés au genre pour se rencontrer et présenter leurs projets en développement. C’est le cas durant le forum de coproduction du festival séries mania ou de celui de Séries Séries. Enfin, le MIPTV est toujours un rendez-vous important en matière de production télévisuelle et le futur festival de séries TV de Cannes deviendra certainement aussi un rendez vous en la matière.

On note par ailleurs que certaines chaines font des apports en coproduction, à distinguer des préventes télé.

Un apport en coproduction donne à son titulaire un droit de propriété sur l’œuvre alors qu’un préachat porte sur les droits de diffusion de l’œuvre de manière restrictives.

Les producteurs ne doivent pas non plus négliger les possibilités de coproduction avec l’étranger. En effet en 2015 les apports en coproduction venant de l’étranger représentent 8,3 M€ et ils atteignaient 13,7 M€ en 2014.

Parmi les projets bénéficiaires on peut notamment citer les séries « Versailles » ou « Jour polaire ».

En 2015, Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction chez Canal+, disait à ce propos qu’ « Il est évident que, pour développer nos séries internationales aujourd’hui, nous devons nous tourner vers des partenaires britanniques, italiens, espagnols ou suédois. (…) Lorsqu’on s’associe, il est possible de rassembler des moyens importants. »

On remarque tout de même que, s’agissant de coproductions internationales, sont principalement concernées des séries très ambitieuses, généralement en langue anglaise et présentant des budgets particulièrement élevés.

La variété des sources de financement requiert une grande rigueur de la part des producteurs de séries télévisées, qui doivent veiller à ce que l’ensemble des engagements pris auprès des partenaires soit compatibles. Il peut ainsi être judicieux de s’appuyer sur les savoir faire d’un avocat spécialisé dans le cadre de l’établissement des contrats avec les différents acteurs du financement d’un projet de série.

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